L’évolution de la culture du cannabis : de la contre-culture à la normalisation

Avant la prohibition, il semble qu’il n’y avait pas vraiment de culture autour du cannabis, probablement car ce n’était pas nécessaire, c’était un médicament comme les autres qui n’était pas rattaché à un phénomène social ou politique. Lors de la prohibition autour des années 20, l’utilisation a tellement diminué, on a presque réussi à nous faire oublier cette plante, comme si elle n’avait jamais existé. L’aspect culturel autour du cannabis est ensuite né avec les mouvements sociaux et politiques qui ont débuté durant les années 60 et a depuis constamment été associé à la contre-culture, aux marginaux et aux révoltés de ce monde. Avec la légalisation, on assiste maintenant à la normalisation de l’utilisation du cannabis et il semble que les femmes seront celles qui porteront le plus ce changement. Voici donc une petite revue de l’évolution de la culture du cannabis depuis la prohibition.

Une femme dans son jardin vers 1910, Paris. Photo: facebook.com/PicturesInHistory

Le mouvement hippie et le début de la contre-culture

Il est difficile de savoir combien de personnes utilisaient le cannabis avant les années 60, mais on sait que le nombre d’arrestations a explosé durant ces années, passant de 25 condamnations entre 1930 et 1946, à 20 en 1962, à 2 300 en 1968 et à 12 000 en 1972. Ceci a donc donné lieu aux premiers mouvements politiques et sociaux autour de la légalisation, et a fait naître ce qui pourrait être considéré comme les premiers aspects culturels du cannabis en occident. Le Peace and Love, le Flower Power, Woodstock, la révolution sexuelle, les communes, la musique psychédélique, le Summer of Love, tous ces phénomènes culturels et événements du mouvement hippie sont intimement liés au cannabis.

Une femme et plusieurs hommes échangeant un joint lors du Summer of Love, Califormie 1967. Photo : ipcblog.org

Les années 80 et l’auto-dérision

Durant les années 80, la culture entourant le cannabis a un peu perdu ses idéaux et on s’est mis à exprimer surtout de l’auto-dérision et du cynisme comme on le constate dans les films de Cheech et Chong, où les personnages transmettent d’une façon exagérée les stéréotypes à propos des utilisateurs de cannabis. Les deux personnages, complètement abrutis et ne pensant qu’à « fumer du pot » ne nous inspire en rien à aller vers un monde meilleur ! Ces personnages en ont tout de même fait rire plus d’un et ont aussi contribué à dédramatiser la consommation de cannabis.

Cheech et Chong. Photo : celebstoner.com

Protéger les jeunes dans les années 90

Aux États-Unis, dans les années 90, plusieurs campagnes de publicités anti-cannabis ont été diffusées dans le but de faire peur aux jeunes et de les convaincre que les utilisateurs de cannabis sont de mauvaises personnes. On peut douter de leur efficacité, surtout avec la naissance du mouvement Hip-Hop et en sachant que plusieurs idoles de ces jeunes, comme Snoop Dog ou Cypress Hill, étaient de grands ambassadeurs pour le cannabis et sa légalisation et célébraient souvent le cannabis dans leurs vidéoclips. Au Québec dans les années 90, le groupe de musique Grimskunk a été emblématique pour la culture entourant le cannabis, mais ils ont aussi contribué à faire renaître les revendications politiques et sociales.

Autumn Flower de Grimskunk, 1994. Photo : store.indica.mu

Le début de la normalisation

Dans les années 2000, le télé-série Weeds a connu un énorme succès avec son personnage principale Nancy Botwin, une banlieusarde mono-parentale qui décide de vendre du cannabis pour faire vivre sa famille après la mort de son mari. Ce fût la première grande coupure avec le stéréotype de l’utilisateur de cannabis masculin et la première fois qu’on normalisait le cannabis au point de le sortir complètement de la contre-culture.

Nancy Botwin et les autres personnages de Weeds. Photo: weedloving.ca

Le mouvement « Women and Weed »

Quelques années plus tard et avec la légalisation au Colorado en 2014, nous assistons à une véritable transformation de la culture entourant le cannabis avec le courant Women and Weed; le cannabis est de plus en plus associé aux femmes, pour leur santé et leur bien-être personnel. En effet, le bon côté de l’industrie de cannabis et de son marketing est qu’ils pourraient permettre de rendre plus accessibles les aspects féminins de l’utilisation du cannabis. Quand je regarde mon compte Instagram, j’en ai aucun doute, le cannabis est soudainement devenu un produit pour femme ! On pourrait croire qu’il ne s’agit que d’une stratégie de marketing, mais le Women and Weed est beaucoup plus que ça, ce sont de vraies femmes qui sont derrière ce mouvement, leur amour pour le cannabis est incontestable et elles l’incorporent dans plusieurs aspects de leurs vie. Voici quelques exemples de personnalités, de communautés et d’éléments culturels faisant partie de ce mouvement.

Les influenceuses

The Stoner Mom est une photographe et blogueuse du Colorado qui se consacre à briser les stéréotypes des utilisateurs de cannabis depuis 2014. Elle anime aussi avec son conjoint un balado Mom and Dad are Stoned à propos du cannabis et de la culture populaire. Elle a d’abord eu une chaîne Youtube, mais son contenu se retrouve maintenant principalement sur son site web. Elle utilise le cannabis pour un trouble d’anxiété et une dépression sévère et affirme que c’est principalement le CBD qui lui a permis de se sevrer du Zoloft et du Wellbutrin, sur plusieurs mois et avec un suivi médical approprié.

The Stoner Mom. Photo : thestonermom.com

The Mommy Jane est une influenceuse de Californie qui produit son contenu principalement sur Instagram. Elle souhaite aussi normaliser l’utilisation du cannabis pour les mères. Suite à son deuxième enfant, elle dit avoir tout tenter pour perdre du poids, mais rien n’y faisait et elle se médicamentait également avec des ISRS et l’alcool, aussi pour la dépression et l’anxiété. Elle a constaté que le microdosage de sortes de cannabis avec un haut taux de THC-V et le terpène Humulène, combiné à un mode de vie actif lui permettait d’arrêter l’alcool et les médicaments et elle a aussi réussi à diminuer son poids de plusieurs kilos de cette façon.

The Mommy Jane. Photo : picgra.com

Les communautés

Ellementa est un réseau de femmes qui organise régulièrement des événements d’informations à propos de la santé et du bien-être des femmes au Canada et aux États-Unis. Les webinaires qu’elles organisent sont gratuits et permettent de transmettre les informations très détaillées sur l’utilisation du cannabis en incluant des professionnels de la santé parmi les invités.

Shecann est un groupe Facebook qui comprend plus de 3000 membres et est littérallement une base de données quant au nombre d’informations et de témoignages qu’on y retrouve. On pourrait certainement faire une analyse de tous ces témoignages et publier le tout pour informer les professionnels de la santé !

Mothers Mary est un organisme à but non-lucratif dont les co-fondatrices sont situées à Montréal. Elles rassemblent près de 2500 membres dans leur groupe Facebook et font un travail incroyable pour défaire les préjuger, supporter et informer les mères au Canada et aux États-Unis. Ce groupe a littérallement changé la vie de mères qui étaient complètement isolées dans leur utilisation de cannabis.

Des fleurs ma chère est la première communauté s’adressant aux utilisatrices de cannabis au Québec. Le groupe Facebook comprend près de 1200 membres qui peuvent s’informer aussi à travers le blogue et le balado du même nom.

Les magazines

Miss Grass est un magazine portant sur le mode de vie entourant le cannabis, une publication pour les femmes, le cannabis et l’art de bien vivre.

Brocoli Mag est un magazine vendu dans plusieurs pays et écrit par des femmes qui aiment le cannabis, elles encouragent la découverte et l’appréciation intelligente du cannabis à travers des explorations artistiques, culturels et des dernières tendances de la mode.

The Her(B) Life est un magazine qui célèbre la place des femmes dans l’industrie du cannabis, tant au niveau des utilisatrices que des entrepreneures qui tentent de se faire une place dans ce nouveau marché.

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